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Bien comprendre l'affaire WikiLeaks

BIEN COMPRENDRE L'AFFAIRE WIKILEAKS

Denis ALLARD
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WikiLeaks incarne la révolution de l'information sur la toile, le contre-pouvoir, la liberté d'expression, la neutralité d'Internet et surtout un beau séisme dans la cour des grands.
 

WikiLeaks

Un "wiki" c'est un site collaboratif où les internautes interviennent ; "leaks", signifie "fuites" en anglais
Les acteurs de WikiLeaks déclarent : "Les principes généraux sur lesquels notre travail s'appuie sont la protection de la liberté d'expression et de la diffusion par les médias, l'amélioration de notre histoire commune et le droit de chaque personne de créer l'histoire. Nous dérivons ces principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme. En particulier, l'article 19 inspire le travail de nos journalistes et autres volontaires."
 
En décembre 2006 une communauté d'internautes engagés pour la liberté d'expression crée le site WikiLeaks. A l'origine, le site devait fonctionner sur le mode Wiki. Par la suite il est devenu un fournisseur d'informations brutes qui délègue le traitement des données.
En 2007, le site WikiLeaks divulgue plus de 1,2 millions de documents confidentiels provenant de dissidents chinois, iraniens, des mathématiciens et des technologues d'entreprises Internet des États-Unis, de Taïwan, d’Europe, d’Australie et d’Afrique du Sud et de nombreux anonymes.
 
 
En délivrant des informations brutes sur une réalité sociale, politique et militaire à l'échelle mondiale, l'objectif des acteurs de WikiLeaks est de diffuser de manière anonyme des documents secrets pour être analysés et enrichis.
Selon son fondateur, Julian Assange, WikiLeaks deviendra "l'organe de renseignements le plus puissant au monde".
Aujourd'hui, WikiLeaks est voué à disparaître de la toile suite aux diverses attaques mais la liberté d'expression est loin d'être enterrée.
 
Article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme : "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit."
 

On ne touche pas à la diplomatie

Jusqu'alors la guerre de l'information était une arme secondaire des États-Unis et de son armée.
WikiLeaks en révélant en novembre 2010, les télégrammes de la Diplomatie Américaine démontre qu'Internet peut devenir une arme bien tranchante. Cinq grands journaux aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Espagne et en France prennent le relais en traitant et diffusant certains documents.
 
Les débats fusent sur les limites de la liberté d'expression, la responsabilité des médias, la neutralité du Net... Jusqu'où la transparence ?
Mais toucher à la diplomatie éveille les passions : "irresponsabilité", "terrorisme"...
Le gouvernement américain, excédé par les précédentes révélations, parle de "crime grave". Les états se regroupent pour dénoncer ces publications "irresponsables". WikiLeaks a provoqué " un 11 septembre dans la sphère diplomatique".
 
Sur Europe 1, le porte parole du gouvernement français François Baroin déclare : "Nous sommes très solidaires de l'administration américaine sur la volonté d'éviter ce qui, non seulement porte atteinte à l'autorité des États, à la qualité de leurs services, mais met en danger des hommes et des femmes qui ont travaillé au service du pays".
 

L'esprit Open Source de WikiLeaks déclenche une cyber-guerre de l'information.

L'arrestation de Julian Assange le fondateur de Wikileaks était inévitable. Les gouvernements et particulièrement les États-Unis ont tout fait pour le neutraliser en exerçant des pressions sur plusieurs acteurs du Web qui permettaient au site WikiLeaks d'exister : EveryDNS.net son fournisseur du nom de domaine wikileaks.org, Amazon son hébergeur, Paypal son service de paiement en ligne, les sociétés MasterCard et Visa , sa banque postale Suisse... Des cyber-attaques à répétition cherchent à neutraliser Wikileaks.
 
Côté français, M. Besson, ministre de l’Économie numérique a demandé de retirer le site WikiLeaks du Net à OVH qui l'héberge depuis l'abandon d'Amazon. OVH réagit en saisissant un juge en référé. Sachant que le site n'est pas directement hébergé par OVH mais par un de ses clients, M. Besson risque de voir sa demande rejetée. La seule obligation d'OVH est de signaler à son client qu'il héberge un site qualifié par Eric Besson de "criminel".
 

On ne touche pas à la neutralité du Net

Les internautes se révoltent en créant des sites miroirs de WikiLeaks, près de 2 200 et le chiffre augmente. Le mouvement est international mais l'Europe et l'Amérique du Nord sont les deux grands hébergeurs de sites miroirs.
 
 
La semaine dernière la guerre du Web est déclarée entre les anonymous qui soutiennent WikiLeaks et les "patriotes" anti-WikiLeaks. Des groupes de hackers, les anonymous lancent l'opération Payback
Ils contre-attaquent en recrutant une armée d'internautes sur les réseaux sociaux et en diffusant sur la toile LOIC. C'est un logiciel gratuit qui connecte tous les ordinateurs des internautes qui l'ont téléchargé sciemment. L'attaque est massive et paralyse le site ciblé avec des répliques DDOS (l'envoi de multiples requêtes simultanées). Tous les acteurs qui ont neutralisé WikiLeaks sont ciblés par les pirates : PayPal, Amazon, les sites MasterCard et Visa...
 
Les groupes se forment et de nouvelles stratégies moins agressives se mettent en place pour attirer le grand public. L'opération Leak spin ouvre son site operationleakspin.org aux internautes qui souhaitent poursuivre l'action de WikiLeaks. "Si nous nous employons tous à lire, chercher, commenter et interagir, nous pourrons améliorer le journalisme à travers Internet" déclarent les anonymous. L'objectif est de permettre aux internautes de commenter les informations publiées par le site de Julian Assange. (voir le message vidéo des anonymous)
Samedi 18 décembre, ils appellent les internautes à remplacer les photos de leurs profils par un fond noir sur les réseaux sociaux. Ce jour là tout le monde est invité à s'habiller en noir, à protester par mail...
 
 
 
 

OpenLeak, version plus transparente de WikiLeaks

WikiLeaks est sur le point de disparaître de la toile mais Daniel Domscheit-Berg ancien collaborateur de WiliLeaks reprend la suite avec le site OpenLeak. L'idée est toujours la même : permettre de diffuser des documents sensibles de manière anonyme pour être analysés et commentés.
 
Le site sera un intermédiaire entre les informateurs anonymes et les médias. De nouvelles fonctionnalités permettront de personnaliser l'accès aux sources. Daniel Domscheit-Berg s'explique dans une interview Owni "Nous voulons permettre à des syndicats, des organisations non gouvernementales ou des médias de travailler ensemble, et de permettre à ces derniers d’embarquer leur propre version d’OpenLeaks, une sorte de Privacybox aux fonctionnalités avancées."
A l'inverse de WikiLeaks, OpenLeak ne sera pas une organisation souterraine elle travaillera en toute transparence selon ces créateurs.
 

Et Julian Assange ?

Après s'être livré aux autorités britanniques, en clamant son innocence concernant les accusations de viol à son encontre, Julian Assange est sur le point d'être libéré. Aujourd'hui, jeudi 16 décembre 2010, il doit comparaître pour la troisième fois devant la Haute Cour de Londres pour contester un appel de Stockholm qui souhaite le maintenir en prison. Le montant de sa caution est de 240 000 livres. Beaucoup de personnalités le soutiennent, notamment le fameux Michaël Moore qui lui verse 20 000 $ .
 
Le Time a dévoilé hier le 15 décembre l'homme de l'année 2010 : le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg. Pourtant les lecteurs de Time Magazine ont sélectionné Julian Assange à l'unanimité mais le directeur de la rédaction Richard Stengel en a décidé autrement et explique. "Le réseau social que Mark Zuckerberg a créé (...) a mis en contact un demi-milliard de personnes et tisse leurs relations, Facebook est devenu le troisième plus grand pays au monde, il représente près d'un dixième de la planète".
 

Le contrôle du web

L'aviation américaine (US Air Force) bloque l’accès des sites qui ont diffusé les documents de WikiLeaks (New York Time, le Journal Le Monde....) à ses employés.
 
Aujourd'hui les acteurs du web sont observés de près et certains flattés. Ce jeudi 16 décembre 2010, notre président Nicolas Sarkozy invite à l'Élysée 8 blogueurs connus du web français pour discuter d'Hadopi, du projet de loi Loppsi (surveillance du Web), de la taxe sur la publicité en ligne, voire de WikiLeaks. Une communication post-élection ? Être ami avec son ennemi pour mieux le contrer ?
 
 

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